mercredi 2 mai 2018

Gone girls



Celui qui promettrait à l’humanité de la délivrer de la sujétion sexuelle, quelque sottise qu’il dise, serait considéré comme un héros.
Freud


Il est des détails éloquents. Des broutilles révélatrices. Des événements en apparence futiles, mais qui recèlent en vérité l’essence d’une époque. Des changements que l’on tient pour insignifiants, mais qui signalent l’émergence d’un monde totalement nouveau ; tant il est vrai que, le plus souvent, l’essentiel prend le masque du dérisoire.

La disparition des grid girls est de ces événements apparemment infimes, mais qui en vérité disent tout de notre époque. La disparition des grid girls des paddocks de Formule 1, et leur remplacement par des grid kids. Des enfants innocents, en lieu et place de femmes fatales. Des êtres asexués, pour succéder à des créatures hypersexuées. Des gamins sans intérêt (pléonasme), après le tourbillon grisant des Vénus et leurs courbes hypnotiques.
Entre les femmes lascives et les enfants lassants, l’Occident nouveau a choisi…

Fin de la libido, entrée des marmots. Fin des délices et des tortuosités de la vie adulte, place à la morne ingénuité de la vie enfantine. Fin de l’érotisme, place à la pureté. Fin de la séduction, de ses subtilités, de ses duplicités ; place au contact direct, à la spontanéité et aux relations vraies. Fin de la nuance, place à la transparence. Fin des passions, des excès, des ambiguïtés, des aléas et des désordres de la vie adulte : place à l’authenticité et à la simplicité de la vie enfantine. Place à la platitude. Place à l’ennui. Place au long dimanche de la vie occidentale. Un long dimanche aride, aseptisé, que n’anime plus aucun souffle vital (lequel est l’énergie sexuelle, et n’est que ça, quelque forme sophistiquée que celle-ci revête pour passer incognito).
L’épuration éthique de l’Occident touche au but : plus que jamais, Homo occidentalus est l’archétype de la créature castrée, inerte, hébétée… Grosse besace avachie, sans nerf ni énergie… dévirilisée… consentante à tout… même au meurtre de ses déterminants psychiques les plus essentiels…

La victoire des grid kids sur les grid girls, autrement dit de l’esprit d’enfance sur l’esprit de volupté : dans cet événement, qui ne tirera qu’un haussement d’épaules à la plupart des bipèdes occidentaux, c’est tout l’Occident contemporain qui se récapitule. C’est sa morale propre qui s’exprime. C’est sa structure mentale très particulière, c’est sa structure psychique encore plus particulière qui se font voir en pleine lumière. C’est l’anthropologie du néo-Occident qui déploie ses prestiges devant nos yeux aveugles.

Un Martien, s’il voulait embrasser d’un regard le tableau atroce de notre « civilisation », n’aurait qu’à s’intéresser à cet événement : il condense l’essentiel de notre Occident en phase terminale. Cet événement est un concentré d’Occident. A quelque niveau de lecture qu’on l’envisage, il contient une rare densité d’informations sur les forces qui se déchaînent pour faire du XXIème siècle l’épisode le plus calamiteux de l’histoire de l’humanité.

Ainsi, il n’est évidemment pas faux de voir dans ce énième recul de la visibilité des femmes une nouvelle victoire des féministes contre les femmes. Il faut en effet avoir les yeux remplis de médias pour encore ignorer que les féministes sont les pires ennemi-e-s des femmes (de même que les européistes sont les pires ennemis de l’Europe, et les antiracistes les pires ennemis du « vivre-ensemble »).
Depuis quarante ans, les féministes n’ont de cesse d’organiser l’invisibilité des femmes, sous le prétexte fallacieux de lutter contre leur réduction à leur dimension sexuelle. Jappements hystériques contre les publicités « sexistes », rugissements hargneux devant les vitrines de grands magasins exposant des femmes dénudées, etc. : les féministes font tout pour que la féminité déserte l’espace public.
Inlassablement, elles œuvrent à ce que la beauté et la grâce spécifiquement féminines, et qui sont indissociables d’une touche d’érotisme, voient leur champ d’expression diminuer. Puis disparaître. L’élégance féminine, la sensualité féminine, la douceur féminine doivent mourir, pour laisser place à l’idéal féminin des féministes : Christine Angot. C’est-à-dire Caroline de Haas. C’est-à-dire Caroline Fourest.
Christine Angot, Caroline de Haas, Caroline Fourest : voilà les Trois Grâces du féminisme. On a le droit de leur préférer les Trois Grâces de Rubens ou de Raphaël… De trouver que ces peintres respectent infiniment plus les femmes que ces féministes… d’estimer qu’en ce domaine également, c’était mieux avant… Avant, c’est-à-dire quand la visibilité des femmes n’était pas en danger. Avant, et jusqu’au Moyen Âge, quand la sensualité féminine était suggérée avec cette délicatesse, cette subtilité, cette délicieuse ambiguïté qui est le propre de la femme. Cette délicieuse ambiguïté dont les féministes, dans leur simplisme vulgaire, sont incapables de jouer, et voudraient empêcher les autres femmes de jouir.

Avec les féministes, les femmes qui assument et revendiquent leur féminité doivent disparaître de l’espace public : avec les féministes, les seules femmes qui ont droit à la visibilité sont celles qui cachent leur corps. Ce qui dénote, admettons-le, une conception assez acrobatique de la visibilité… Ce qui, surtout, constitue les féministes en ennemies authentiques des femmes. Et, donc, en alliées objectives d’autres ennemis des femmes : les islamistes. Ça vous choque ? C’est si vrai que, dans les lignes qui précèdent, on pourrait sans problème remplacer « féministe » par « islamiste ». Faites l’exercice, vous verrez, ça fonctionne parfaitement…

Féministes et islamistes : voilà l’union sacrée des ennemi-e-s des femmes. La grande alliance des puritains, pour abolir la féminité. Une alliance objective, évidente, éclatante, qui répand ses méfaits jour après jour, et que personne ne veut voir. Une alliance dont le mot d’ordre est « Puritain-e-s de tous les pays, unissez-vous ! Culs bénits de France, d’Algérie, d’Afghanistan, d’Arabie et du Qatar, tou-te-s uni-e-s contre les femmes ! » Les femmes, c’est-à-dire l’érotisme. Les femmes, c’est-à-dire l’élégance. Les femmes, c’est-à-dire cette présence singulière, irremplaçable, miraculeuse,  qui enchante l’esprit et enivre l’âme.
Les femmes, cette énigme éternelle, insupportable, qui doit être niée et remplacée par une figure primaire : l’aboyeuse anti-hommes ou la viande à burqa.

Féminisme et islamisme mènent une guerre commune à la féminité.
Féminisme et islamisme sont deux entreprises de dissimulation des spécificités féminines des femmes.
Car féminisme et islamisme sont deux puritanismes : l’un et l’autre ont en horreur la sensualité inhérente au corps féminin. L’un et l’autre méprisent l’érotisme constitutif de la femme ; plus exactement, ils le haïssent. Et, donc, le combattent. Et le combattront jusqu’à sa totale éradication. Pour ces puritain-e-s enragée-e-s, l’espace public doit être purgé de toute trace de sensualité. Donc de féminité.
C’est pour cela qu’on n’entend jamais les féministes dénoncer la condition des femmes dans les « zones de non droit » (comprenez « zones de droit islamique ») ; c’est pour cela que ces fausses amies des femmes en viennent même à contester positivement les rares relations médiatiques de l’enfer que vivent les femmes dans les territoires racaillislamisés, par exemple à la Chapelle-Pajol… Car en vérité, cet enfer les réjouit ; cet enfer fait leurs affaires. La plupart des commentateurs, invités à s’exprimer sur le mutisme du féminisme vis-à-vis de l’islamisme, s’étonnent d’une étrange et coupable « indulgence ». Mais ce n’est pas de l’indulgence : c’est de la connivence. Féminisme et islamisme, malgré leurs différences apparentes, entretiennent une connivence essentielle, dont les racines plongent d’ailleurs bien plus profond que la seule question féminine…

Il est en effet évident, pour tout observateur un peu lucide, que le vrai ressort du féminisme n’est pas l’amour des femmes, mais la haine des hommes. Que les féministes ne se battent pas pour les femmes, mais contre les hommes. Enfin, contre un certain type d’hommes… Un type d’hommes bien précis. Blanc. Hétérosexuel. De mœurs occidentales. De race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne, pour paraphraser la désormais banale confidence de De Gaulle à Peyrefitte.
C’est à ce type d’hommes qu’elles vouent une haine viscérale, instinctive, incurable. C’est ce type d’hommes, et ce type d’hommes seulement, dont elles cherchent à stigmatiser le désir, à culpabiliser le plaisir, tout en laissant le champ libre aux autres hommes, bien plus misogynes et violents… C’est ce type d’hommes qu’elles veulent intimider, inhiber, castrer ; c’est pour qu’il n’ose même plus se risquer à séduire qu’elles lui lancent dans les jambes des #metoo, #balancetonporc et autres campagnes de rééducation de l’homme blanc dont une constante est de ne jamais évoquer la seule vraie menace pour les femmes du XXIème siècle : l’islam.
Ainsi, dans un même mouvement, les féministes dévirilisent l’homme blanc, et confortent la virilité outrancière de l’homme musulman.

On connaissait la castration chimique ; les féministes ont inventé la castration psychique. Chacune de leurs offensives médiatiques et législatives est une bataille d’une guerre psychologique menée à l’homme blanc, dans le but ultime de le stériliser. Non pas physiquement, bien sûr ; mais par intériorisation des interdits et des commandements féministes. Les féministes stérilisent l’homme occidental en le châtrant psychiquement ; en lui faisant honte de sa virilité ; en criminalisant chaque expression de sa masculinité ; en le forçant, par des condamnations incessantes de ses comportements, à renoncer à ses particularités masculines. A s’indifférencier. A se féminiser. Autrement dit à se rendre sinon ridicule, du moins sans intérêt pour la gent féminine. Ainsi l’homme occidental féminisé, ou plutôt féministé, s’exclut-il de lui-même du circuit de la séduction et de la reproduction ; ainsi peut advenir le règne sans partage de l’homme islamique, à la virilité décomplexée (pour rester poli).
Ce processus est en cours. Et s’accélère. Et à ceux qui traitent ce sujet par l’indifférence ou les sarcasmes, je conseille de jeter un œil aux statistiques de natalité en France… et je donne rendez-vous dans quatre ou cinq décennies, pour relever les compteurs… sachant que quatre décennies, c’est le temps qu’il a suffi à la France pour atteindre 15% de musulmans… et que les lois de reproduction ont tendance à être davantage exponentielles que linéaires, a fortiori quand elles sont couplées à des flux migratoires massifs...
Oui, rendez-vous dans quatre ou cinq décennies… Alors, nos grands esprits nonchalants seront-ils sans doute un peu plus attentifs … Alors réaliseront-ils, mais un peu tard, que les féministes comptent parmi les premier-ère-s agents du grand remplacement. Que leurs incantations, indignations et gloussements hystériques contre le prétendu machisme d’une société prétendument patriarcale sont le paravent d’une volonté de meurtre de l’Occident. Que la dévirilisation de l’homme blanc, et son exclusion subséquente de la compétition pour les femmes, sont l’arme fatale qu’ils-elles ont trouvée pour en finir avec la civilisation occidentale. Une arme surpuissante, et aux effets irrémédiables : l’arme démographique.

Entraver la reproduction de l’homme blanc, et couvrir la prédation sexuelle des autres hommes : voilà le moyen le plus sûr d’en finir avec 1 500 ans d’Occident chrétien. 1 500 ans d’un Occident façonné par l’anthropologie chrétienne. Car ce n’est évidemment pas l’homme « blanc » au sens de la couleur de peau que haïssent les féministes (encore que...) ; c’est l’homme blanc en tant que lointain descendant de l’Occident chrétien. L’homme blanc en tant que dépositaire de la Bible et des Quatre Evangiles — malgré ses efforts acharnés, depuis deux siècles, pour liquider cet héritage honteux et devenir un athée bien docile (et tellement plus heureux…). L’homme qui, s’il a depuis longtemps tranché le lien avec ses racines chrétiennes (et ne cesse de leur cracher dessus), en conservera toujours trop de sève résiduelle aux yeux des féministes, et de tous les ennemis du christianisme.
C’est cette filiation infamante avec l’Occident chrétien que les féministes identifient et abhorrent chez l’homme blanc.
C’est cette persistance insupportable de traces de christianisme qu’elles visent en attaquant l’homme occidental.
Car les féministes sont des détecteurs de christianisme : partout où il se trouve, même travesti, défiguré ou étouffé, elles le reconnaissent avec un instinct très sûr. Aussi, mieux que quiconque les féministes savent, ou plutôt sentent, que même dégénéré, l’Occidental moyen reste un fils du christianisme. Que ses mœurs, sa façon d’envisager les rapports entre les sexes, son respect et sa délicatesse envers les femmes (sans équivalent dans les autres civilisations) restent marqués par l’anthropologie chrétienne.
C’est à cause de ce reliquat de christianisme, et pour aucune autre raison, que les féministes haïssent l’homme blanc.
C’est ce christianisme résiduel qui les pousse à vouloir liquider l’homme occidental.

Elle est là, la connivence fondamentale entre islamistes et féministes : dans la volonté d’inscrire le mot « FIN » à la grande histoire de l’Occident chrétien. Dans l’intention d’effacer tout souvenir du christianisme sur les terres où se sont écrites les plus belles pages de son histoire.
C’est que, malgré leurs différences apparentes, féminisme et islamisme procèdent du même substrat : la haine de l’anthropologie chrétienne. La détestation de la vision de l’homme, de la femme, et des rapports entre les sexes induite par le christianisme, et qui a régi l’Occident pendant plus de mille ans.
Cette aspiration à un monde débarrassé du christianisme unit féminisme et islamisme d’un lien très fort, plus fort que toutes leurs divergences (lesquelles sont somme toute mineures en regard d’un tel enjeu). Nous le voyons déjà, nous le verrons encore : la complicité entre féminisme et islamisme n’est pas près de cesser, soutenue par un antichristianisme en acier trempé.

Oh, je sais que ces explications peuvent sembler farfelues à des esprits biberonnés au catéchisme médiatique. Les concepts qu’elles articulent sont tellement étrangers au référentiel de non-pensée journalistique, les idées qu’elles développent tellement éloignées du conformisme médiatique, qu’elles susciteront immanquablement rejet ou dérision chez les cerveaux détruits par un contact incessant avec les « contenus » de leur appli Le Monde. Pour ces esprits en loques, il n’y a de vérité que dans les évangiles médiatiques que débitent les journalistes assermentés, les observateurs certifiés conformes, les commentateurs appointés et les experts homologués. Or, il est évident que des journalistes incultes et analphabètes — pléonasme — ne peuvent pas comprendre, ni a fortiori expliquer les tenants et aboutissants des événements contemporains. Ce n’est pas dans la presse, cette « fausse alerte permanente » comme la qualifiait déjà Nietzsche, que l’on trouvera la hauteur de vue, le recul historique ni surtout la substance nécessaires à la compréhension du monde. Les journalistes, ces esclaves de l’éphémère, n’ont ni la structure mentale, ni la culture, ni le temps pour cela. Ni, surtout, la curiosité. Mais ils s’en contrefoutent : ce n’est pas leur sujet. Ce sont des machines à buzzer, éternellement rivées à la surface des choses. Comme des bouchons de liège, ils sont structurellement incapables d’explorer le fond des phénomènes. Même s’ils essayaient, ils remonteraient instantanément : leur univers mental est résolument celui de la superficialité et du prêt-à-penser.
Cela étant dit, chacun est libre de les suivre… de préférer la myopie médiatique à la clairvoyance historique… Et donc de se rendre volontairement inaccessible à l’interprétation religieuse des phénomènes. C’est pourtant bien souvent la seule qui vaille. La seule qui permette de saisir les événements dans toute leur ampleur. D’identifier leur généalogie. D’envisager leurs prolongements. Car les laquais du Moderne pourront toujours hurler le contraire, du haut de leurs concepts éphémères et de leur cerveau desséché : l’homme est un être religieux, que ces pauvres en esprit le veuillent ou non. Sous des masques divers — idéologies, modes, opinions politiques, engagements militants etc. — ce sont toujours des inclinations religieuses qui s’expriment. Toutes les « philosophies » et opinions relèvent de visions de l’homme — et de la femme —  qui trouvent leurs sources dans les religions. Plus exactement, dans l’adhésion à certaines d’entre elles, et dans le rejet corrélatif des autres…

Or, un fait majeur des dernières décennies est le rejet massif du christianisme. Ce, à l’échelle planétaire.
Nous sommes les contemporains d’un mouvement mondial d’éradication du christianisme (avec une très nette intensification depuis le début du XXIème siècle). D’ici dix ans, tous les chrétiens pourraient avoir disparu du Moyen-Orient, Liban compris. En Europe, deux siècles de déchristianisation ont mis à genoux une civilisation presque deux fois millénaire ; son absorption par l’islam n’est désormais plus qu’une question de temps, sauf miracle…

Alors, c’en sera fini de la condition privilégiée des femmes dans les sociétés régies par le christianisme et ses dérivés. C’en sera fini de la place sans pareille qu’occupaient les femmes dans la Chrétienté.

En effet, aucune civilisation n’a jamais mieux traité les femmes que le christianisme. Nulle part, et jamais, la condition des femmes n’a été meilleure que dans l’Europe chrétienne. N’oublions pas que Jésus est le premier — et à ma connaissance le seul — personnage historique de premier plan à s’opposer aux violences faites aux femmes (pour employer le somptueux lexique des illettré-e-s modernes), notamment quand il dénonce la lapidation des femmes adultère : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. » Six-cents ans plus tard, Mahomet ne tiendra pas tout à fait le même discours…

De fait, en terre chrétienne, la lapidation des femmes n’a jamais été ; en terre musulmane, elle n’a jamais cessé. De fait jamais, depuis que le déclin du christianisme a commencé, la condition des femmes n’a autant régressé…

C’est qu’aucune religion n’aime les femmes autant que le christianisme. Aucune religion ne leur fait une place aussi éminente. Vous en connaissez beaucoup, vous, des religions qui érigent des centaines de cathédrales à la gloire de Notre-Dame ? Vous en connaissez beaucoup, des religions qui vénèrent des milliers de femmes en les sanctifiant ? Vous en connaissez beaucoup, des religions dont l’événement fondateur — la résurrection du Christ — est révélé à une femme, ancienne prostituée de surcroît ? La naissance du Christ étant, elle aussi, le fait d’une femme… Femmes au début, femmes à la fin…tous les événements décisifs passent par les femmes, dans le christianisme… Et des religions qui suscitent des tableaux et des sculptures de femmes, vous en connaissez beaucoup ? Et pas des femmes pudibondes, hein ;  des femmes lascives, voluptueuses. Des vraies femmes. Représentées. Des femmes de marbre et de peinture. Des femmes de chair.

Mais cela ne devrait pas nous étonner : le christianisme est une religion charnelle. Le christianisme est LA religion charnelle. La seule. Une religion qui accorde une telle importance à la chair, que Dieu lui-même s’est fait chair en Jésus…

Bien sûr, quand je parle de christianisme, je ne parle pas de protestantisme, c’est-à-dire de puritanisme, c’est-à-dire d’une condamnation de la chair, c’est-à-dire d’un immense contresens sur l’anthropologie chrétienne et son rapport bienveillant au corps et aux sens.
Quand je parle de christianisme, je parle de catholicisme, ce catholicisme qui exalte la femme jusque dans son sanctuaire le plus glorieux, la basilique Saint Pierre de Rome. Saint Pierre de Rome, manifeste du catholicisme, et temple de la femme… Seins, galbes, jambes, cuisses et visages… Exubérance, opulence… effervescence… Fête inouïe des sens… Et ne parlons pas des églises jésuites, c’est-à-dire baroques… de la sensualité qui s’en exhale… de leur érotisme latent… de la fièvre qui vous envahit, si vous êtes attentif
Plus généralement, tout l’art catholique est une célébration de la femme. Un immense et merveilleux hommage à la beauté, à la grâce, à la sensualité féminines. Qu’on pense seulement à Rubens, Raphaël, Le Pérugin, Le Titien, Le Corrège… Combien de tableaux sans femmes ? Un ? Deux ? Trois pour mille ? Ne cherchez pas : les femmes sont partout dans l’art catholique. Je m’étonne d’ailleurs que cela ne suscite pas les remarques élogieuses des obsédés de la parité et autres maniaques de la mixité… Lesquels auraient pour le coup les plus grandes difficultés à pétitionner contre la sous-représentation des femmes dans l’art catholique

Mais trêve de digressions ironiques : tout cela ne nous dit pas pourquoi l’amour de la femme est consubstantiel au catholicisme. Oui, pourquoi le catholicisme accorde-t-il cette importance aux femmes (importance sans équivalent dans aucune autre religion, donc dans aucune autre civilisation) ? Pourquoi insiste-t-il tant sur la féminité ? Pourquoi le catholicisme force-t-il tant le trait, pourquoi tient-il tant à célébrer la beauté féminine ? L’élégance féminine ? La singularité féminine ?
La réponse est en partie dans la question : en plus d’être un évident hommage d’esthètes au plus beau miracle de la Création, et un rappel que le catholicisme est la religion du consentement à la chair, l’éloge de la féminité dans l’art et la pensée catholiques sert également une finalité plus pragmatique : nous mettre sous les yeux la différence des sexes. Nous rappeler sans cesse que l’homme et la femme sont des créatures différentes. Pas inégales : différentes. Le refus de l’indifférenciation des sexes, et de l’indifférenciation tout court, est en effet un marqueur essentiel du catholicisme. De la Bible au Nouveau Testament, les textes qui fondent l’anthropologie catholique sont parcourus par une terreur de l’indifférenciation.

Pourquoi cette aversion pour la confusion des sexes ?
Parce que la conscience de la différence des sexes fonde toute l’anthropologie catholique. Cette anthropologie qui, rappelons-le, a irrigué l’Europe pendant plus de mille ans, avec quand même quelque succès… Cette anthropologie dont la clef de voûte est l’idée que, si l’homme porte en lui un immense potentiel de grandeur et de bonté, il recèle aussi, inextricablement, un très grand potentiel de nuisance, une inclination naturelle à faire le mal. Inclination qu’il peut dompter par l’effort, l’éducation, l’intériorisation des préceptes chrétiens, l’apprentissage de la compassion, de la charité, du pardon, de l’amour du prochain, etc. mais dont il ne pourra jamais se départir. Une maladie incurable, avec laquelle il doit apprendre à vivre ; une maladie qu’il peut surmonter avec un certain succès, mais qui demeure malgré tout… et menace à tout instant de reprendre le dessus…

Cette idée fondatrice, extrêmement désagréable pour la vanité humaine (et à laquelle s’opposent les fantasmes de pureté originelle qui sous-tendent les idéologies génocidaires de la Révolution et du XXème siècle, communisme en tête), apparaît très tôt, dès la bien nommée Genèse, sous le nom de « péché originel ».
Dès lors, l’homme n’est plus innocent. Dès lors, il est affecté d’une prédisposition à faire le mal, d’une boiterie fondamentale qu’il devra perpétuellement combattre, s’il veut marcher droit.

Or — et c’est là que tout s’éclaire — que se passe-t-il, immédiatement après la commission du péché originel ? Quelle en est pour ainsi dire la première conséquence ?
Vous l’avez deviné, si vous avez suivi : l’homme et la femme prennent conscience qu’ils sont différents. Autrement dit, la différence des sexes est le premier témoin du péché originel. Elle y est inextricablement liée. On peut même dire que conscience de la différence des sexes et conscience du péché originel se confondent.

Nous tenons là la motivation essentielle du féminisme : le combat du féminisme pour l’indifférenciation des sexes est en vérité un combat contre l’idée de péché originel. Contre cette conception extrêmement vexante selon laquelle l’homme naît non pas innocent, mais « marquis pour le mal », comme l’avait également compris Baudelaire. C’est pour s’épargner cette blessure narcissique, et faire triompher l’image d’une humanité primitivement sans tache, pure et parfaite, que le féminisme s’emploie à faire disparaître la preuve du péché originel : la différence des sexes.

Cette différence des sexes que les grid girls incarnaient de manière flagrante, flamboyante, paroxystique ; cette différence des sexes qu’il fallait effacer en renvoyant ces femmes sensuelles en coulisses, et en faisant monter sur scène, à leur place, des grid kids. Des enfants. Des êtres sans sexe. Ainsi plus de différence des sexes : plus de péché originel. Ouf, on respire… on peut s’admirer sans entrave… se raconter qu’on n’a pas de part sombre…
Des anges…

Il y a longtemps que pour nous persuader que nous sommes des anges, notre civilisation ne se contente plus de nier la différence des sexes, mais double ce déni d’un militantisme farouche pour la confusion des sexes. En témoigne l’écho inouï qu’elle confère aux partisans du brouillage des genres — sectes féministes, lobbies gays, associations LGBT, etc. ; en témoigne, surtout, l’omniprésence des discours pédolâtres dans l’Occident contemporain.
Que ce soit dans la publicité, dans les médias, dans la bouche de nos écrivain-e-s, de nos chanteurs-ses, de nos acteur-euse-trice-treur-s, de nos animateur-eus-s-ssses et de nos artiste-e-tes plasticien-ne-s, les cerveaux occidentaux sont constamment bombardés d’éloges de l’enfance. Notre civilisation fait de l’enfant la référence suprême, le modèle vers lequel nous devrions tous tendre.

Il s’agit là d’un retournement inédit de valeurs. D’une situation sans précédent dans l’histoire de l’humanité.
Pour la première fois, l’idéal d’une civilisation n’est plus l’adulte accompli, mais l’enfant incomplet.
Pour la première fois, une civilisation exhorte l’homme non pas à s’éloigner au plus vite de son point de départ, mais à y rester rivé toute sa vie. Bébé forever…

L’Occident du XXIème siècle est la première civilisation pédolâtreAussi, contrairement à ce que nous rabâchent les perroquets des médias, notre époque n’est pas celle du vivre-ensemble : c’est celle du vivre-enfant. C’est-à-dire du vivre-asexué. C’est-à-dire du vivre avant la prise de conscience de la différence des sexes. C’est-à-dire du vivre dans le déni du péché originel.
C’est essentiellement contre le fond biblique de la civilisation occidentale que se construit l’Occident pédolâtre ; prenant à rebours de la vision de l’homme induite par le péché originel, il s’affirme comme le royaume d’une utopie de perfection, d’un fantasme de pureté originelle, d’un refus de la tension dialectique entre Bien et Mal, entre principe de plaisir et principe de réalité, qui a donné tant de grandes choses pendant tant de grands siècles… L’Occident contemporain, stérile et insipide, est l’Empire de l’angélisme ; sa pédolâtrie en est l’expression la plus aboutie.

L’éviction des grid girls au profit des grid kids n’est qu’une manifestation parmi tant d’autres de cet angélisme pédolâtre qui régit l’Occident nouveau. Cette éviction était inéluctable : il était impossible, au royaume des enfants, que soient encore tolérées longtemps des femmes lascives, survivances anachroniques de la vie adulte et de la division des sexes ; il était impossible que le grand bordel de la Formule 1 ne devienne pas lui aussi une nursery…
Ces grid girls, malgré les apparences, malgré surtout le préjugé ignare consistant à confondre puritanisme protestant et sensualité catholique, étaient essentiellement catholiques. Non pas au sens de la foi individuelle, bien sûr ; au sens où elles étaient les dernières incarnations, c’est vraiment tout à fait le cas de le dire, de l’essence catholique de l’Occident. Au sens où, en filiation directe avec toute l’histoire de l’art catholique, elles affichaient sans pudibonderie la dimension charnelle de la femme.
Au sens où elles affirmaient de manière foudroyante, sans réplique possible, la différence des sexes…

Pourtant, et bien que prévisible, cette épuration du monde de la Formule 1, suivie très logiquement de sa puérilisation, laisse un goût particulièrement amer.

La Formule 1, en effet, était le dernier refuge de la virilité occidentale. Le dernier endroit où les valeurs que notre Occident infantile tient pour des péchés capitaux — machisme, érotisme, volonté de puissance, et surtout prise de risque (jusqu’à la mort…) — étaient considérées comme des vertus.
Certes, cet ultime bastion du courage en Occident avait déjà commencé à chanceler sous les assauts du sacro-saint principe de précaution. Un principe de précaution tellement obsessionnel, maniaque, fanatique, totalitaire, qu’il faudrait plutôt parler de précautionnisme.
Cette tyrannie de la précaution avait mené à doter les voitures de F1 d’un arceau de protection dont le nom poétique (halo) dissimulait mal la laideur essentielle. Mais il est bien connu que la beauté est fille du risque, et la précaution mère de la laideur…

Quoi qu’il en soit, cette victoire du précautionnisme, c’est-à-dire du refus du risque et donc de la vie adulte, ne devait pas tarder à être suivie de celle de l’infantilisme. C’était fatal. Nous y sommes. Les marmots sont entrés dans Paris, je veux dire sur les circuits de Formule 1. Le dernier bastion de l’héroïsme occidental est tombé.
Et je ne connais guère de spectacle plus répugnant que celui de ces nuées de mioches se répandant sur les pistes de Formule 1, idiots et souriants. Sans aucun rapport avec cet univers, et pourtant parfaitement, odieusement à l’aise. Décomplexés à mort. Comme tout morveux qui se respecte.

Précautionnisme et infantilisme : les deux vertus cardinales de l’Occident 2.0 règnent désormais partout. C’est la fin d’un monde. La fin d’un monde fondé sur la division des sexes, sur les délices et subtilités de la relation entre hommes et femmes ; la fin de 1 500 ans de consentement à la chair, à la séduction, à l’ambiguïté, à l’incertitude, au désordre : à la vie adulte. Les aventures de l’humanité chrétienne sont terminées. Plus de chaos, plus d’aléas, plus de tumulte ni de passions : tout est pur, désormais. Tout est calme. Nous sommes sortis du lupanar pour entrer dans le jardin d’enfants. Bienvenue dans l’Occident pédolâtre. Bienvenue chez les anges… Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes asexués… Sauf que…

Sauf que Pascal nous avait avertis : « Qui veut faire l’ange fait la bête ». Intuition implacable, qui n’a jamais souffert d’exception : à chaque fois que l’homme a voulu nier sa part d’ombre, il en a résulté une flambée de barbarie. Une explosion de cruauté. Un déchaînement d’inhumanité. Le premier génocide remonte ainsi à la glorieuse Révolution française, laquelle n’est rien d’autre que la mise en pratique des philosophies des « Lumières » qui postulent l’homme naturellement bon (et s’opposent ainsi frontalement au principe fondamental de l’anthropologie catholique : le péché originel). Les idéologies génocidaires du XXème siècle sont à cet égard encore plus éloquentes. Toutes ces idéologies, en effet, malgré leur diversité apparente, sont en filiation directe avec les foutaises rousseauistes des « Lumières » massacreuses : toutes procèdent du même déni de péché originel. Toutes relèvent d’une utopie de perfection, d’un fantasme de pureté originelle qui aurait été corrompue par la société ou par un groupe d’individus.
Or, la spirale infernale du génocide est inscrite dans cette conception angéliste de l’homme. En effet, une fois identifiés les prétendus coupables de la corruption de l’humanité, il serait… coupable ne pas les mettre hors d’état de nuire. Si par malheur les tenants de l’idéologie détiennent le pouvoir, ils s’empressent de procéder à cette neutralisation. Or, une fois celle-ci effectuée, le mal persiste, étrangement… Il faut donc trouver d’autres coupables, et les neutraliser à leur tour. Et ainsi de suite. C’est par cette fuite en avant qu’on obtient un génocide. Tout génocide est une erreur d’identification du coupable. Un refus d’envisager que celui-ci ne nous est pas extérieur, qu’il n’est pas dans la société ou dans tel ou tel groupe d’individus, mais en nous. Que si nous sommes mauvais, méchants, imparfaits, colériques, incomplets, insatisfaits, frustrés, c’est avant tout parce que s’agitent en nous des prédispositions naturelles à faire le mal. Tout génocide vient du fait que nous nous prenons pour des anges. Tout génocide est un déni de péché originel. Un refus de la conception catholique de l’homme.

Une fois qu’on a saisi cela, il est aisé d’entrevoir ce que l’idéologie pédolâtre de l'Occident  2.0 recèle de funeste. Il est aisé de comprendre pourquoi, dans le néo-Ocident, les rapports humains sont si arides, pourquoi la compassion y est si désespérément absente, pourquoi on y chercherait en vain la plus élémentaire trace de respect. Pourquoi on y sent cette violence larvée, tout près d’exploser… C'est que l’angélisme porte en lui la barbarie comme la nuée porte l’orage. A plus forte raison, cette forme extrême, chimiquement pure d’angélisme qu’est la pédolâtrie.

L’enfant, en effet, n’est pas du tout la créature innocente que le discours contemporain nous vend : c’est au contraire un authentique monstre — un « pervers polymorphe », pour reprendre la terminologie freudienne — qui ne fait pas le mal, uniquement car il n’en a pas la capacité physique. De là vient que nous le croyons innocent. Terrible erreur d’appréciation…
Par définition, en effet, l’enfant est la créature la plus proche du péché originel, celle qui n’a pas encore pu déployer son (immense) potentiel de bonté. L’enfant est capricieux. Irréfléchi. Egocentrique. La compassion lui est étrangère. La notion de limite également. Il ne s’élèvera au-dessus de ces penchants barbares, ne deviendra généreux, bienveillant, délicat, raffiné, que s’il a la chance de se voir inculquer des valeurs, une éducation en ce sens. Mais en attendant que ce potentiel de grandeur se réalise (ou pas…), c’est un tourbillon d’intentions malsaines qui s’agite en lui. Bien malgré lui, bien sûr, et on ne saurait l’en blâmer ; mais il serait aussi gravissime de le nier. Car alors nous ne ferions rien pour brider ces élans néfastes...

Or c’est précisément ce que nous faisons. En rendant un culte à l’enfance, nous croyons honorer l’innocence ; en vérité, nous rendons hommage à ce qu’il y a de plus malsain en l’homme.

Le culte de l’enfance n’est pas un culte de l’innocence : le culte de l’enfance est un culte de la part diabolique de l’homme.

En nous prosternant devant la prétendue pureté enfantine, nous adorons le Diable. Le Diable qui, en cette occurrence, n’a jamais si bien mérité son nom de prince des contrefaçons. Le Diable, ce concept poussiéreux auquel plus personne ne croit, dont l’évocation suscite au mieux des ricanements apitoyés, conférant ainsi une formidable pertinence à la phrase de Baudelaire : « La plus belle ruse du Diable est de nous faire croire qu’il n’existe pas. » En effet, tant que nous croyons que le Diable n’existe pas, nous sommes susceptibles de le laisser étendre son empire, voire de travailler pour lui sans le savoir…

Pour ma part, j’affirme que c’est là, dans le culte du Diable, que réside le substrat de la Modernité. Que la dévotion au Diable est la véritable clef de notre époque. Qu'elle explique tous les phénomènes de notre temps ; qu'elle en résout toutes les contradictions apparentes.

Ainsi j’évoquais, au début de ce texte, l’alliance objective entre féministes et islamistes. Eh bien ce mariage du féminisme et de l’islamisme se fait sur l’autel du Diable. Le Diable est leur Maître commun : leur objectif commun étant de faire disparaître le catholicisme de la surface de la terre.

Islamisme égale soumission au Diable ? Cette assimilation choque ? Eh bien qu’on me dise, alors, comment nommer un Dieu qui appelle au meurtre des infidèles. Au tabassage des femmes soupçonnées d’adultère. Qu’on me dise comment appeler un Dieu qui enjoint ses fidèles de n’avoir aucune compassion pour ceux qui ne lui rendent pas hommage. Un Dieu qui autorise et même incite à tromper, à duper, à mentir aux mécréants…

Jour après jour, sous les formes les plus variées, le Diable étend son emprise sur le monde contemporain. Féminisme, islamisme, infantilisme, idéologies anti-catholiques (pléonasme), fantasmes de pureté, utopies d’harmonie, rêves d’indifférenciation, d’abolition de toutes les frontières entre les sexes, les cultures, les histoires de chaque peuple : les voies du Démon sont innombrables. Et on voit mal, vu l’approbation ou l’indifférence que suscite l’expansion de ces avatars du Diable, ce qui pourrait lui faire échec.

Cela dit, si salut il doit y avoir, il passera par les femmes. Si nous devons, contre toute logique (mais ce n’est pas la logique qui régit l’histoire humaine), échapper à la débâcle, nous le devrons aux femmes.
A la féminisation des hommes, à l’infantilisation de l’humanité, à l’islamisation du monde, la première réponse est de redonner à la femme sa juste place. Laquelle n’est ni sur un engin de chantier, ni sous une burqa.

Il faut que les femmes s’affranchissent des carcans et des rôles stéréotypés auxquels les assignent les féministes et les islamistes, et reconquièrent leur place. Il faut que les femmes redeviennent des femmes.

Pas des femmes qui font l’homme, donc. Pas des femmes girl power (cette misérable parodie de la virilité masculine qui n’aboutit qu’à rendre les femmes ridicules, elles naturellement si élégantes). Des femmes, des vraies femmes, des femmes féminines qui revendiquent leur statut de femme. Des femmes sans complexe, qui n’ont pas honte d’être des femmes. Et donc aucune envie de ressembler à des hommes. Des femmes fières d’être femmes. Des femmes qui chérissent leurs singularités féminines, qui cultivent leurs différences d’avec les hommes, dont le mot d’ordre pourrait être : « Pas d’amalgame entre hommes et femmes ».

Les femmes doivent reprendre leur place. Mettre fin à la confusion des sexes, qui n’engendre qu’amertume et détresse. Les femmes doivent cesser de se construire par mimétisme envers les hommes : cesser d’ambitionner d’être de pâles décalques. Elles valent bien mieux que cela. Elles méritent de s’accomplir en tant que femmes, non en tant que plagiats d’hommes. Mais pour cela, elles doivent se libérer de leurs libératrices. Envoyer foutre les féministes, calmement mais très fermement. Ne plus écouter les glapissements de ces connasses venimeuses. Traiter par le mépris ces ennemies des femmes. C’est là l’urgence absolue. La priorité des priorités.
Oui, il faut que les femmes s’émancipent du paternalisme féministe, de son escroquerie d’épanouissement dans la compétition entre les sexes ; il faut qu’elles soient convaincues qu’il n’y a d’épanouissement que dans la complémentarité entre les sexes. Dans l’acceptation — que dis-je, dans l’exaltation des différences entre hommes et femmes.

C'est aux femmes, et à elles seules, qu’il revient la lourde tâche de réhabiliter la différence des sexes. Elles ne doivent pas compter sur les hommes pour les y aider, du moins dans un premier temps : ceux-ci sont trop heureux d’avoir pu abdiquer leur virilité. Ravis de ne plus avoir à assumer leur masculinité ; de pouvoir justifier leur lâcheté par les exigences de la parité et les saints commandements de la mixité. Soulagés d’être exemptés du devoir d’avoir des couilles.

En reprenant leur place, les femmes forceront les hommes à reprendre la leur. C’est tout au moins le scénario sur lequel il faut miser. Ce scénario est rétrograde ? Ce sera ça ou la burqa. Car le chaos anthropologique engendré par la confusion des sexes ne pourra pas durer éternellement. Il se résoudra tôt ou tard, soit par une réaffirmation caricaturale de la différence des sexes, et la soumission ultraviolente de la femme à un totalitarisme masculin inédit en Europe, soit par un retour à un équilibre sain et modéré entre deux sexes complémentaires, et fiers de l’être. A nous de choisir. Aux femmes de choisir. Le féminisme, puis l’islamisme ; ou la réhabilitation des différences entre hommes et femmes. La guerre des sexes dans ses déclinaisons successives, de plus en plus violentes ; ou l’entente dans la complémentarité.

Les femmes sont à la croisée des chemins. De leur choix dépendra la civilisation dans laquelle elles vivront, ainsi que leurs filles et leurs petites-filles. Tant il est vrai qu’une civilisation peut être définie par le rôle qu’y jouent les femmes…

Une chose est sûre, en tout cas : le XXIème siècle sera celui de l’épanouissement des femmes, ou de leur asservissement ; celui de l’émancipation des femmes du patronage féministe, ou de leur inféodation à ce dernier, puis à la tyrannie islamiste.

Le XXIème siècle sera celui du retour de la Femme, ou de sa disparition.

Le XXIème siècle sera anti-féministe, ou ne sera pas.

vendredi 20 avril 2018

Réflexion


Il est vain d'essayer de dissiper le brouillard d'ignorance, de fantasmes et de préjugés qui peuple le cerveau des christianophobes : ils doivent, pour justifier leur haine de la religion à laquelle ils doivent tout, en conserver une vision caricaturale. Aussi, rien ne fera évoluer ces esprits butés, obstinément fermés aux faits, et préférant leurs croyances à la vérité ; ces esprits authentiquement obscurantistes.

mercredi 18 avril 2018

Humanisme


La diplomatie française consiste à armer des gens qui brûlent vifs leurs prisonniers, violent des gamines jusqu'à la mort par épuisement, égorgent des civils par grappes de cents, enchaînent des innocents à l'arrière de voitures et les traînent sur plusieurs centaines de mètres en rigolant ; puis à hurler d'épouvante quand le dirigeant qui lutte contre ces psychopathes est soupçonné d'avoir utilisé des armes chimiques.
Alors, et alors seulement, nos dirigeants humanistes parlent de "barbarie".
Alors, et alors seulement, ils trouvent que "la ligne rouge a été franchie".

Et qu'Al Nosra fait du bon boulot.

mardi 27 février 2018

Superstitions












Quand on cesse de croire en Dieu, ce n’est pas pour ne croire en rien, c’est pour croire à n’importe quoi.
G. K. Chesterton


Il y a bien longtemps, les civilisations tenaient les catastrophes naturelles pour des manifestations de la colère des dieux. Les phénomènes climatiques étaient regardés comme des punitions divines contre une humanité qui avait beaucoup péché. Aussi, les hommes multipliaient offrandes et rituels dans l’espoir d’obtenir la clémence céleste.

Dans ces temps reculés, la superstition était la norme. L’obscurantisme régnait. Des grands prêtres, appelés « experts », énonçaient le dogme ; ceux qui le contestaient, ou se permettaient simplement d’adopter une attitude réservée à son égard, étaient désignés à la vindicte populaire. Conspués. Diabolisés.
C’étaient des blasphémateurs : ils ne méritaient aucun respect, ni aucune charité. Et encore moins d’être écoutés : dans les civilisations obscurantistes, c’est un fait bien connu que de la bouche d’un blasphémateur ne peuvent sortir que des sottises et des horreurs ; et que symétriquement, de la bouche du clergé n’émanent que des vérités supérieures et indiscutables.

Dans cette époque d’obscurantisme et de superstition, les plus hautes autorités de la Sainte Eglise écologiste enseignaient que le dieu Climat était fâché contre l’humanité. Et que s’il en allait ainsi, c’était parce que l’humanité avait gravement péché contre Sainte Mère Nature. Le péché de l’humanité, en l’occurrence, s’appelait « pollution » : si le dieu Climat devenait fou, fou de rage, c’était parce que les hommes se rendaient perpétuellement coupables du péché de pollution.

Certains accueillaient cet article de foi avec scepticisme. Ils y objectaient qu’il était pour le moins difficile de saisir l’ensemble des motivations du dieu Climat, et donc présomptueux de prétendre maîtriser le fonctionnement d’une entité aussi complexe…
Mais on sait ce qu’il en va du scepticisme, dans une époque d’obscurantisme. On connaît le sort réservé à ceux qui prônent la prudence et la nuance, dans une civilisation qui ne supporte ni l’incertitude ni la complexité, et ne sent à l’aise qu’avec des croyances irréfutables.
Impossible, dans une civilisation si intensément religieuse, de suggérer que le péché de pollution n’était peut-être pas la seule explication à la fureur du dieu Climat. Impossible, dans une civilisation si peu attachée aux faits et à la raison, de faire entendre qu’à des époques antérieures, pourtant totalement vierges du péché de pollution, le Climat avait déjà manifesté des comportements pour le moins erratiques. Impossible, dans une société possédée par un si furieux besoin de croire, de rappeler que le Climat était sans doute le sujet le plus ardu qu’il eût été donné aux hommes d’étudier ; que dans cette mesure, se prétendre capable d’anticiper l’évolution du Climat relevait soit de l’escroquerie, soit d’un orgueil inouï. Et violait en tout état de cause les principes élémentaires de la démarche scientifique : circonspection, honnêteté, humilité, et donc répugnance à se montrer catégorique sur des sujets dont la complexité nous dépasse. Les voies du Climat sont impénétrables ? Tel n’était pas l’avis de la Sainte Eglise écologiste. Elle, était dans le secret du dieu Climat. Elle, savait. Elle édictait donc le catéchisme de l’Eglise climatique, que les paroisses médiatiques s’empressaient de diffuser dans les bulletins paroissiaux — qu’on appelait alors « journaux » :

  1. L’homme, dans son infinie malfaisance, s’est rendu coupable du péché de pollution.
  2. Le dieu Climat, dans son infinie justice, venge l’offense faite à Sainte Mère Nature en déversant sur les hommes toutes sortes de calamités — tempêtes, typhons, tornades, ouragans et déluges — et, plus terrible encore : en réchauffant la planète de 2°C sur 50 ans.
  3. Pour espérer apaiser la colère des cieux, l’humanité doit ériger sans délai et sans modération des monuments à la gloire du dieu Climat et de Sainte Mère Nature.
C’est ainsi que, sur le modèle de la vente des indulgences que pratiquèrent au XVIème siècle certains prêtres indélicats de l’Eglise catholique, le peuple, en ce début de XXIème siècle, se voyait chaque année soutirer des dizaines de milliards d’euros par les prêtres-experts, en échange de l’espoir du pardon divin. L’argent ainsi récolté n’avait cependant pas la même destination : alors qu’au XVIème siècle, il fut employé pour permettre la construction de la basilique Saint Pierre de Rome — édifice somme toute assez minable —, il servait, en ce début de XXIème siècle, à financer des édifices bien plus somptueux : des totems. Des totems par milliers. Par centaines de milliers. Et bientôt par millions.
Des totems qu’on appelait alors non pas totems, mais éoliennes. Mais des totems quand même. De purs objets de culte. Des totems-éoliennes répandus sur toute la planète pour la plus grande gloire la Sainte Eglise écologiste — et à côté desquels les cathédrales, églises, chapelles et oratoires érigés à travers le monde par l’Eglise catholique étaient, de l’avis général, de piteuses pustules. De majestueux totems pour donner de la visibilité au culte de Mère Nature ; de très gracieux totems pour montrer à Mère Nature que l’humanité avait conscience de Lui avoir fait beaucoup de mal, et qu’elle faisait désormais tout son possible pour se racheter — c’était vraiment le verbe approprié. Ces totems-éoliennes coûtaient en effet extrêmement cher. Incommensurablement plus cher que la basilique Saint Pierre de Rome, contre laquelle Luther n’avait pourtant pas de mots assez durs. Mais il est bien connu que quand on croit, on ne compte pas.

Les prélats de l’Eglise écologiste, devenus soudain extrêmement riches (allez comprendre), martelaient qu’il n’y avait pas d’autre choix, pour conjurer la vengeance du dieu Climat, que de tapisser la Terre de totems-éoliennes. Et ils n’avaient rien à démontrer : leur qualité d’experts valait démonstration. Elle leur conférait une crédibilité suffisante pour que le peuple souscrive sans examen à leurs énoncés : dans les époques religieuses, on ne contredit pas le clergé. Certains clercs, cependant, daignaient enrober l’édification de ces millions de totems de justifications pseudo-scientifiques, pour conférer un vernis de rationalité à un choix qui relevait exclusivement du sacré.
Ainsi, sur injonction des prêtres-experts, les peuples finançaient l’installation de totems-éoliennes pour laver la planète du péché de pollution. Effet collatéral non négligeable, ils embellissaient ainsi Mère Nature, puisque ces éoliennes procédaient d’un sens esthétique très sûr, d’une immense douceur envers la Nature, et d’une infinie délicatesse envers ses paysages. Certains blasphémateurs avaient pourtant l’insolence de critiquer ces objets sacrés, suggérant que leur « laideur » (disaient-ils, ces gens sans goût) ravageait les paysages, défigurait la nature, et entrait donc en contradiction avec la vraie écologie.
Mais qui étaient-ils, ces hérétiques, pour se prétendre les dépositaires de la vraie écologie ? Etaient-ils membres du clergé écologiste ? Etaient-ils experts ? Non. Alors de quoi se mêlaient-ils ? Leur rôle était de réciter les évangiles écologistes ; pas de définir le dogme, encore moins de critiquer les décisions des autorités ecclésiastiques.

Certains infidèles, pourtant, n’hésitaient pas à aggraver leur cas : non contents de souligner le paradoxe de ces éoliennes eco-friendly qui tranchaient les oiseaux et balafraient les paysages, ils mettaient en lumière une autre contradiction, bien plus préoccupante selon eux. Prenant à rebours l’orthodoxie écologiste, ces mécréants prétendaient en effet que les éoliennes, loin de combattre le péché de pollution, l’aggravaient. Que ces objets sacrés, qu’on présentait comme des amis de Mère Nature, étaient dans les faits ses pires ennemis. Ils en voulaient pour preuve que les pays les plus vertueux selon la morale écologiste étaient en réalité les plus polluants…
Et encore ne parlaient-ils pas là de pollution visuelle. Ni des déséquilibres provoqués sur la faune et la flore locales par la présence massive d’éoliennes. Non. Ils parlaient gaz à effets de serre. Taux de CO2 par quantité d’énergie produite. Soit précisément les thèmes qu’invoquait la Sainte Eglise écologiste pour justifier la multiplication débridée de ces totems. Ils faisaient état de ce phénomène, en apparence paradoxal, que le taux de CO2 par quantité d’énergie produite croissait avec le nombre d’éoliennes installées… Ils s’empressaient de vider ce soi-disant paradoxe en en exposant les raisons : la production éolienne étant par nature intermittente, puisque tributaire du vent, il faut, quand le vent ne souffle pas, activer rapidement des moyens de production de substitution, lesquels doivent ensuite pouvoir être désactivés aussi vite. Répondant à ces critères, il y a les barrages — mais la puissance disponible des ouvrages installés, qui exploitaient déjà l’essentiel du potentiel hydraulique, était insuffisante —, et les centrales électriques fonctionnant au gaz, au fioul et au charbon. Toutes énergies davantage noires que vertes…
Pour fonctionner, une éolienne a besoin de charbon. C’est avec ce slogan que les hérétiques tentaient de démonter le mythe de l’éolienne autonome ; et d’imprimer dans les esprits l’image de l’éolienne accompagnée de son inséparable ami : le gros tas de charbon. Avec son noir nuage de pollution. Ces impies, en effet, bien que contestant le credo écologiste, étaient sincèrement attachés à la protection de la planète ; ils considéraient donc comme une urgence d’alerter l’opinion de la catastrophe engendrée par les dogmes de l’Eglise écologiste. Aussi hurlaient-ils — mais dans le désert — que le recours à des combustibles fossiles pour compenser les intermittences de la production éolienne provoquait une inquiétante explosion de la pollution dans les pays les plus respectueux des commandements écologistes…
Mais ni ces faits, ni ces raisonnements n’ébranlaient la foi des éolâtres. Toutes les démonstrations que pouvaient tenter les mécréants étaient vaines. Vouées d’avance à l’échec. Car on n’argumente pas contre des dogmes — ni pour, d’ailleurs... On n’oppose pas de démonstration à des évangiles. On ne conteste pas une foi avec des raisonnements. Face à ce qui relève du sacré, l’attitude dialectique n’est pas seulement inutile : elle est hors-sujet.

Ce rabougrissement sans précédent du champ de la raison et de la controverse argumentée n’était cependant pas unanime. Certains fidèles de l’Eglise écologiste étaient moins sectaires, moins obtus que leur clergé. Soucieux de paraître ouverts et tolérants, ils écoutaient les hérétiques, et allaient même parfois jusqu’à leur répondre. Honnêtes, ils reconnaissaient alors que le bilan des éoliennes était désastreux ; que leur impact écologique était dévastateur, à l’exact opposé des promesses des « experts ».
Mais après cette brève concession à la raison, le dogmatisme reprenait le dessus. Il est en effet structurellement impossible à un esprit superstitieux de mener jusqu’au bout la critique des objets sacrés ; et donc, en l’occurrence, d’admettre que les éoliennes puissent être largement — et avantageusement — dispensables.
Aussi ces éolâtres s’empressaient-ils, après leur très légère atteinte au dogme, d’ajouter que le problème n’était pas qu’il y avait trop d’éoliennes, mais qu’il n’y en avait pas assez ; qu’il suffisait d’en installer beaucoup plus pour que, de nocives pour l’environnement, elles deviennent bienfaisantes.
Ainsi reprenaient-ils mot pour mot la rhétorique de fuite en avant des dévots du communisme, quelques décennies plus tôt (lesquels avaient d’ailleurs également leurs experts officiels, dont un dénommé Lyssenko au bilan également édifiant…). Ces derniers, en effet, s’accordaient également sur le diagnostic de l’échec du communisme — car ils savaient que le contester revenait ipso facto à se discréditer — ; mais de la même manière, ils imputaient cet échec à un manque de communisme. Si le communisme n’avait pas fonctionné, s’il avait provoqué tous ces génocides, ces massacres, ces famines, cette ruine généralisée, c’était parce qu’il n’y en avait pas eu assez. Il eût donc fallu poursuivre et amplifier l’expérience communiste pour une durée indéterminée, sans tenir compte des horreurs qu’elle engendrait, jusqu’à ce que ce que l’utopie se réalise. Discours relevant de la pensée magique, que l’on peut résumer ainsi : en s’obstinant dans l’erreur, on obtient un succès.
Discours procédant également de paresse intellectuelle, et d’une volonté bien compréhensible de protection narcissique : comment, sans perdre la face ni livrer trop d’efforts, faire le deuil d’illusions qui ont si longtemps, si profondément pétri nos cerveaux ? Comment reconnaître qu’on a eu tort, dans une civilisation hyper-narcissique ? Comment accepter de remettre en question le tissu de contrevérités qui a composé notre routine intellectuelle pendant tant d’années ?

Ainsi les éolâtres, refusant de renier leur foi en les saintes éoliennes, soutenaient l’idée qu’en installant des totems-éoliennes partout, il y en aurait toujours un nombre suffisant que le dieu Eole honorerait de son souffle, ce qui finirait par rendre inutile le recours au charbon. Ils ajoutaient que, pour les épisodes de fort vent où la production de ce pullulement d’éoliennes excéderait la demande d’électricité, on pouvait envisager de stocker l’énergie superflue dans des batteries. Les hérétiques leur répondaient, un brin ironiques, que les batteries étaient bien connues pour leurs vertus écologiques de la production au recyclage (sans parler des conflits pour l’accès aux matières rares — donc de plus en plus rares — qui les composent). Quant à l’idée de se passer du charbon en installant des éoliennes sur des étendues de plus en plus vastes, les hérétiques opposaient l’argument — certes affreusement vulgaire et honteusement terre-à-terre — des coûts : coûts d’installation, coûts de maintenance, coûts de renouvellement des éoliennes ; et coût des réseaux électriques à édifier pour raccorder ces éoliennes. Des réseaux renforcés, pour encaisser leurs variations brutales de production ; des réseaux, malgré tout, usés prématurément pour les mêmes raisons.

Alors, les hérétiques osaient la question qui tue : combien d’euros, pour combien d’énergie ? Et pour combien de temps ? Pour quel amortissement ? Oui, quelle est la durée de vie d’une éolienne ? Au bout de combien d’années faut-il remplacer ses roulements, refixer son mât, changer les pales endommagées ? A ce moment, quel est son bilan économique et énergétique ? Combien a-t-elle coûté, et combien a-t-elle produit d’énergie ? Et quid du coût de main d’œuvre, pour entretenir un parc de production disséminé sur des milliers de km2 ?
Mais ces considérations étaient balayées d’un revers de main : les fidèles paieraient. Il suffirait d’augmenter les taxes autant que nécessaire. Par conséquent les ressources étaient illimitées : le financement n’était pas un sujet.

Les hérétiques devaient donc trouver d’autres arguments, pour dénoncer les agissements néfastes de la Sainte Eglise écologiste. Brièvement, l’idée leur traversait l’esprit d’invoquer le respect de l’esthétique des paysages et de l’équilibre des écosystèmes ; mais ils y renonçaient aussi vite, sachant que ces thématiques n’entraient pas dans le champ de l’écologie officielle, telle que définie par les experts de la Sainte Eglise écologiste.

Alors, ils essayaient les chiffres. Et les faits. Les faits chiffrés. Ces naïfs n’avaient pas compris que s’il y a bien une chose à laquelle un esprit religieux est totalement hermétique, ce sont les faits et les chiffres. Pleins d’une candeur touchante, ils se mettaient donc en tête de démontrer, chiffres à l’appui, que comme le communisme, l’éolianisme est une utopie. C’est-à-dire une pure vue de l’esprit qui coûte beaucoup au peuple, rapporte beaucoup à quelques cyniques, et laisse de son passage des cicatrices durables. Pour donner un maximum de poids à leur propos, ils prenaient l’exemple de l’Allemagne, pays le plus dévotement écologiste, vanté par l’Eglise écologiste comme un modèle de sainteté. L’Allemagne, laboratoire de l’écologie certifiée conform(ist)e, avant-garde de l’Avenir radieux dans l’harmonie avec Mère Nature… A ce sujet, les hérétiques tenaient à peu près ce langage :

« Depuis des décennies, le peuple allemand se voit ponctionner des montants faramineux pour subventionner l’installation d’éoliennes et de panneaux solaires. En 2018, ce sont déjà plus de 200 milliards d’euros (et, d’ici 2025, plus de 500 milliards) qui ont été dépensés pour bâtir un monumental outil de production « renouvelable » : 100 GW (gigawatts) de puissance éolienne et solaire. Soit la moitié plus que la puissance du parc nucléaire français — 63 GW.

Tous ces euros, pour combien d’énergie ?

Cette puissance éolienne et solaire colossale — 50 % de la puissance installée en Allemagne — assure… 20 % de la production allemande.
A titre de comparaison, la puissance du parc nucléaire français — 50 % de la puissance installée en France— assure… 70 % de la production française.

Pour le dire avec d’autres chiffres, les 63 GW de puissance du parc nucléaire français produisent chaque année une quantité d’énergie de 380 TWh (térawattheures), pendant que les 100 GW du parc éolien et solaire allemand produisent 145 TWh…

Cette « performance », que la bonne foi oblige à qualifier de piteuse, s’explique par l’intermittence de la production éolienne et solaire : quand le vent ne souffle pas, quand le soleil ne brille pas, ces moyens de production extrêmement coûteux sont comme inexistants. A la différence près qu’ils sont bien visibles… Ce qui, certes, ne peut que ravir les esthètes et autres amoureux des paysages naturels…

Tous ces euros, pour combien de CO2 ?

S’il consomme énormément d’argent pour produire très peu d’énergie, ce modèle « écologique » est en revanche extrêmement efficace pour produire du CO2 — principal gaz à effet de serre. En effet, pour compenser la production intermittente de son parc renouvelable, l’Allemagne recourt massivement aux combustibles fossiles. Gaz, fioul et charbon représentent ainsi plus de la moitié de la production électrique allemande. Le charbon, à lui seul, contribue à hauteur de 37 %… En conséquence, le taux de CO2 par quantité d’énergie produite est en Allemagne l’un des plus calamiteux d’Europe : 450 grammes de CO2 par kWh. Près de quatre fois celui de la France : 120 grammes de CO2 par kWh… Autrement dit, pour produire une même quantité d’électricité, l’Allemagne « écologique » émet quatre fois plus de CO2 que la France. L’Allemagne est ainsi le pays le plus écologique médiatiquement, et l’un des moins écologiques factuellement (ce qui ne surprendra que ceux qui, n’ayant jamais pris de recul critique sur les médias, n’ont toujours pas réalisé que ceux-ci étaient de très performantes boussoles pour indiquer le Sud). Le modèle énergétique de l’Allemagne, référence écologique officielle, présente dans les faits l’un des bilans économiques et écologiques les plus désastreux de la planète. Les choix « écologiques » de l’Allemagne sont un véritable fléau pour l’environnement (et, accessoirement, pour les finances du peuple allemand). »

La plupart des fidèles n’étaient pas du tout décontenancés par ces chiffres. Ce tableau d’un désastre total ne les émouvait pas le moins du monde. Avec cet aplomb caractéristique du vrai croyant, que rien ni personne ne peut faire douter, ils rétorquaient placidement que si le parc éolien et solaire actuel fournissait 20 % de la production, il suffisait de bâtir cinq fois ça pour arriver à 100%. Il suffisait… En suivant cette idée, on parviendrait à une puissance installée de 500 GW, pour 83 millions d’habitants. A titre de comparaison, la puissance installée en France est de 130 GW, pour 67 millions d’habitants… De surcroît, pour acheminer l’énergie d’un parc de production aussi étendu, il faudrait développer de gigantesques réseaux électriques, dont la production et l’installation ne sont pas exactement eco-friendly
Et encore, ce chantier titanesque ne suffirait pas. En effet, les panneaux solaires et les éoliennes sont positionnés en priorité là où l’ensoleillement et le vent sont les plus puissants. Aussi, à mesure qu’on en installe sur le territoire, diminue leur « efficacité », si l’on peut dire… Pour parvenir à 100% de production renouvelable, c’est donc beaucoup plus que cinq fois la puissance actuelle qu’il faudrait installer.
Ainsi, on mobiliserait des financements monumentaux (à renouveler sans doute quelques décennies plus tard, au moins en partie, et auxquels il faut ajouter les frais d’entretien) pour installer dans tout un pays des machines qui fonctionneraient 17 % du temps (moins de 4 heures par jour), et modifieraient radicalement la physionomie des paysages… les dénatureraient, c’est tout à fait le cas de le dire… Il deviendrait en effet abusif, dans un tel pays, de persister à qualifier les paysages de « naturels »… La locution « paysage naturel » finirait donc par disparaître, en même temps que la réalité qu’elle recouvre…Tout cela au nom de l’écologie, de la protection de l’environnement et de l’amour de la nature… Sans parler de la pollution engendrée par l’extraction des terres rares qui composent les aimants des éoliennes. Des terres rares qui, comme leur nom l’indique, verront leur cours augmenter à mesure que le business modèle écologique des éoliennes se développera, faisant s’envoler les coûts d’ores et déjà prohibitifs dudit modèle…

Face à cette nouvelle déferlante de faits et d’arguments, les fidèles de l’Eglise écologiste restaient un peu sonnés. Malgré leur dogmatisme, malgré la puissance de leur foi, ils ne savaient plus trop quoi dire. Ces esprits superstitieux — donc infantiles —, qui avaient depuis des années rompu les amarres avec le principe de réalité pour barboter tranquillement dans le principe de plaisir, vivaient très mal cette incursion du réel dans leurs abstractions idéologiques. L’âpre réel, le vulgaire réel, venait troubler le doux sommeil de leur raison. Comme un invité malpoli qui viendrait perturber l’entre soi bourgeois d’un dîner en ville, en assénant quelques vérités bien saignantes réduisant en miettes leur prêt-à-penser de moutons dominants…
On sait ce qu’il advient, en de telles circonstances, du fauteur de dissonances : il est impitoyablement exclu, et au surplus copieusement insulté. Qu’il ait raison ou tort n’a aucune importance : du moment qu’il empêche le groupe de tourner en rond, il doit être rejeté, et détesté. C’est la loi de la meute. Inclination latente dans tout groupe humain, mais qui s’épanouit sans bride dans les époques de barbarie. Dans les civilisations déshumanisées. Dans ces époques barbares, dans ces civilisations déshumanisées, le consensus remplace l’argumentation : à un individu réputé méprisable, le consensus d’hostilité qui entoure sa personne dispense de répondre. Mieux : il commande de ne pas répondre. Car adopter à son égard une attitude dialectique serait lui concéder une légitimité. Ce serait donc, implicitement, envisager que le groupe puisse avoir tort. Et ce serait, en tout état de cause, perturber les habitudes intellectuelles de ce dernier… remettre en cause son confortable catéchisme… Ce qui n’est évidemment pas envisageable.
Ainsi dans ces époques, les manifestations d‘intolérance, de mépris et de haine à l’endroit de certains individus sont non seulement approuvées, mais encouragées. La meute est incitée à se déchaîner contre ceux qui dérogent au pacte de non-pensée. A déployer la plus grande violence, symbolique ou réelle, contre les insolents qui ont l’audace de faire usage de leur esprit critique (et donc, fatalement, de se retrouver au moins ponctuellement en désaccord avec les idées convenues de la communauté). Les couvrir de glaviots, les lyncher verbalement, voire physiquement, est un gage de prestige social. Bien sûr, il convient en cette matière de ne jamais se rendre sur le terrain des idées ; de ne jamais contester sur le fond l’empêcheur de tourner en rond. Ce serait prendre un risque inutile : pas besoin d’arguments, quand on est du bon côté du consensus. Le consensus vaut tous les arguments. Aussi il suffit et il est même préférable, quand on est du côté de la meute, de répondre à la contradiction par l’insulte.

Par quoi on voit que ces époques sont aussi des époques de haine de l’intelligence. En effet, dans les périodes de l’humanité où prévalent l’intelligence et la raison, nul n’ignore que le recours aux insultes est un aveu d’échec. Qu’on insulte parce qu’on enrage de ne pas avoir d’arguments. Qu’on ne passe aux invectives qu’une fois épuisées les ressources de la culture et du raisonnement (ce qui, chez certains, vient assez vite). Aussi, dans les époques d’intelligence et de raison, celui qui insulte (et non celui qu’on insulte) est disqualifié. Discrédité. Déshonoré. Dans les époques de déshumanisation, ce système de valeurs est retourné : insulter n’est pas honteux, mais glorieux. Ne réfléchir à rien, ne rien savoir, et par conséquent n’avoir que des injures à opposer à la contradiction, est valorisé socialement. Dans ces époques de barbarie, on est fier d’insulter. Celui qui n’argumente pas, et passe son temps à invectiver, est montré en exemple. Ce phénomène est encore amplifié dans les régimes religieux, où tous ceux qui sont identifiés comme blasphémateurs, infidèles, mécréants, peuvent être traités sans la moindre loyauté, ni le moindre respect.

Ainsi les fidèles de l’Eglise écologiste, après avoir joué la tolérance et l’ouverture à la discussion tant qu’ils n’étaient pas en difficulté, revenaient brutalement à leurs réflexes de croyants, dès lors qu’ils étaient acculés par les chiffres des mécréants. A court d’arguments, ils quittaient le terrain des idées, et investissaient celui de l’injure. Et le verdict tombait : « climatosceptique ». Sceptique, c’est-à-dire non-croyant. Ou tout au moins mauvais croyant.
Sceptique, c’est-à-dire mécréant.

Cette destinée du qualificatif « sceptique » est révélatrice de la haine de l’intelligence et du sens critique qui prévalait à cette époque. Elle trahit la nature profondément irrationnelle, que dis-je, anti-rationnelle de l’Occident du XXIème siècle.
Le scepticisme, en effet, est une modalité essentielle de la réflexion et de la connaissance. Il s’oppose à la crédulité, à l’adhésion sans examen (ex-Amen : hors du « Je crois ») aux prétendues « vérités » émanant d’autorités « supérieures ». Aussi, une civilisation favorable à l’intelligence, à la réflexion, à la pensée, ne peut que considérer le scepticisme avec bienveillance ; à l’inverse, les civilisations essentiellement religieuses voient d’un très mauvais œil l’attitude sceptique, l’identifiant à juste titre comme le meilleur moyen de ridiculiser leurs foutaises superstitieuses. Et, partant, de mettre en échec leurs tentatives d’endoctrinement. Voilà pourquoi les civilisations obscurantistes tendent à discréditer le scepticisme, et à promouvoir la crédulité.
« Eurosceptique », « climatosceptique » : il n’est pas difficile de savoir de quel côté penchait la civilisation occidentale, en ce début de XXIème siècle. La charge péjorative que l’Occidental moyen associait spontanément au vocable « sceptique », l’emploi exclusivement dépréciatif qui en était fait dans le débat public, prouvent mieux que toute longue démonstration l’état déplorable dans lequel se trouvaient la raison et l’intelligence, dans cette époque obscurantiste. « Eurosceptiques », « climatosceptiques » : dans une civilisation de raison et de pensée, ces locutions eurent été considérées comme flatteuses, car synonymes de sens critique, d’exigence intellectuelle. Et les eurocrédules, et les climatocrédules, eurent été ridicules. Dans l’Occident du XXIème siècle, où régnait sans partage la superstition, c’étaient les crédules qui tenaient le haut du pavé. C’étaient eux qui avaient le beau rôle. Le prestige. La gloire. Pour être estimé, respecté, intégré socialement, il fallait et il suffisait d’être un bon dévot. De réciter docilement le catéchisme médiatique. La moindre dose de sens critique, en revanche, pouvait être fatale : l’étiquette « sceptique », c’est-à-dire « mécréant », s’abattait sur quiconque articulait l’esquisse d’une question. Le moindre doute émis sur la véracité des évangiles médiatiques, valait à son auteur l’imputation immédiate de « complotisme ». Bref, toute manifestation d’un esprit critique ou d’une démarche intellectuelle individuelle étaient impitoyablement châtiées.
Pour s’agréger harmonieusement au troupeau des fidèles, il fallait croire et répéter. Croire sans comprendre, croire sans savoir. Croire sans chercher à comprendre, croire sans chercher à savoir. Et justifier cette paresse intellectuelle en invoquant l’autorité des prêtres, c’est-à-dire des experts. Ces experts à qui il était consacré un véritable culte (sur le modèle du culte des saints et des prophètes en des temps antérieurs), et envers qui la seule attitude acceptable était la prosternation bien basse et bien rampante.

L’Eglise catholique, à la fin du XIXème siècle, avait proclamé le dogme de l’infaillibilité des papes ; au début du XXIème siècle, l’Eglise écologiste proclamait le dogme de l’infaillibilité des experts. Ceux-ci, pourtant, se trompaient beaucoup plus que ceux-là. Et beaucoup plus souvent. Et beaucoup plus lourdement. Mais le propre d’un dogme est de se trouver hors de portée de la critique ; de ne pas être soumis au verdict des faits.

Cette régression vertigineuse du champ de la raison, et cette expansion corrélative du champ du sacré, de ce qu’il est formellement interdit de soumettre à l’esprit critique, signait l’entrée dans des temps bien sombres. Des temps sans précédent. Après 1 500 ans d’un mariage heureux entre foi et raison, l’Europe devenait le théâtre d’un divorce majeur : la foi se séparait de la raison, et poursuivait sa route seule.
Bien sûr, il ne s’agissait dès lors plus de la même foi, puisque la foi catholique, qui avait façonné l’Europe pendant 1 500 ans, impliquait la raison ; mieux, elle la contenait. En effet, et contrairement aux poncifs diffamatoires répandus sur le catholicisme par la propagande post-révolutionnaire, la raison est une modalité essentielle de la foi catholique. Car sans raison, comment rendre gloire à Dieu ? Comment, sans raison, ériger des cathédrales qui tiennent debout mille ans ? Comment une civilisation méprisant la science peut-elle inventer les arcs-boutants, comment peut-elle édifier la cathédrale de Reims et la Sainte Chapelle de Paris, comment peut-elle bâtir la basilique Saint-Pierre à Rome et la Karlskirche à Vienne ? Comment, sans faire une place éminente à la raison, aux sciences physiques et aux  mathématiques, Brunelleschi aurait-il pu, dès 1420, concevoir la coupole de la cathédrale Santa Maria del Fiore ? La coupole du Duomo, ce prodige d’ingénierie qui restait encore un épais mystère pour les hommes de 2018 ?... Sans recours à la raison, comment des marécages seraient-ils devenus Venise ? Comment, en rejetant la raison, des hommes auraient-ils pu bâtir sur des marais cette constellation féerique d’églises et de peintures ? Et comment, sans raison, maîtriser la chimie des couleurs ? Comment créer des tableaux dont les couleurs persistent pendant cinq-cents, six-cents, sept-cents ans ? Comment, si l’on est dénué de raison, peut-on composer des partitions, des chants, des messes, des Requiem ?

Baudelaire, qui s’y connaissait un peu question création, affirmait que « tout ce qui est grand et noble est le résultat de la raison et du calcul. » Or y a-t-il plus grand et plus noble que l’héritage catholique ? Y a-t-il, sur toute la planète et dans toute l’histoire de l’humanité, plus grand et plus noble que le patrimoine esthétique, artistique, architectural, pictural et musical que nous a légué le catholicisme ? Rome, capitale du catholicisme et de la beauté… Florence. Venise. Vienne. Prague. Ces milliers de villages délicats, harmonieux, enchanteurs, parce que le catholicisme y a laissé sa douce empreinte… Qui peut croire que ces sommets de grâce et de beauté sont les fruits de l’obscurantisme ? Quel individu doué d’un esprit logique peut soutenir que ces splendeurs procèdent de mépris pour l’homme ? Quel être rationnel peut penser que ces créations magistrales ont été possibles sans le recours massif au raisonnement et à la science ?
Bien sûr, le catholicisme est beaucoup plus que cela. La raison et la science, ne sont pas, pour lui, des objets de vénération ; ils ne sont pas des fins en soi : ils sont des moyens. Des moyens au service d’un mystère… au service d’une foi… D’une foi qui, par sa nature, suscite chez l’homme une aspiration à s’élever, à déployer son âme, et à créer de la beauté. Si a contrario le progressisme voue un culte à la raison, c’est parce qu’il n’a rien de plus élevé, rien de plus grand dans quoi investir le besoin de croire inscrit en tout homme. D’où le fait qu’avec le progressisme, les domaines de la foi et de la raison empiètent l’un sur l’autre, jusqu’à parfaitement se confondre… D’où le fait que dans la civilisation « moderne », la superstition parle le langage de la science…
Le catholicisme, lui, donne pleine expansion à la raison, mais l’ordonne à des finalités plus hautes : des finalités qui, par leur nature, échappent à la raison. Car si le catholicisme rend indéniablement hommage à la raison (tout son patrimoine artistique, architectural et philosophique en témoigne de manière éblouissante), il estime également que l’homme ne se limite pas à cette composante ; qu’il porte en lui bien davantage que la seule raison… Que l’homme peut être bien plus grand, qu’il peut aller beaucoup plus haut que là où la simple raison  est capable le mener… Ainsi, dans le catholicisme, la raison s’accomplit en se mettant au service d’un mystère, et de la beauté qu’il recèle.
Foi, raison et beauté : c’est l’autre Trinité du catholicisme. Par conséquent, en Europe, foi et raison n’ont jamais été antagonistes ; plus exactement, elles ne le sont que depuis l’extinction du catholicisme, et le triomphe du Progressisme. Depuis lors les peuples, endoctrinés par l’Eglise progressiste et son catéchisme anticatholique, ont cru devoir dissocier foi et raison. Et ont évidemment choisi la foi. Qu’ils ont immédiatement renommée « raison », pour s’autosuggérer qu’ils incarnaient le sommet de la logique et de la rationalité ; la vérité étant que leur cerveau ne faisait désormais qu’errer d’une superstition à l’autre ; et que jamais, avant eux, la religiosité, l’obscurantisme et la superstition ne s’étaient déployés aussi librement.
Mais cette vérité, en 2018, était indicible, et de toute façon inaudible. Il était en effet, en ces temps religieux, un principe de tartufferie bien connu et abondamment appliqué : exalter avec emphase les valeurs auxquelles on déroge en permanence, est le meilleur moyen d’écarter tout soupçon sur ces dérogations. Ainsi les fascistes d’alors se qualifiaient d’« antifascistes » (et y croyaient) ; les destructeurs de la planète se proclamaient « écologistes » (et y croyaient) ; et certains membres d’ONG « humanitaires », qui prêchaient bruyamment les droits de l’homme, la fraternité, la solidarité, la parité, l’égalité, la tolérance, la dignité intrinsèque à chaque être humain, se comportaient en vérité comme les pires charognes…
De même, si la religion du Progrès ne cessait d’exalter la raison, c’était pour mieux cacher qu’elle avait rompu tout contact avec elle.

Car on aura beau tenter d’ensevelir le catholicisme sous un torrent de stéréotypes odieux, d’énormités historiques et de clichés dépréciatifs : la vérité est que le catholicisme est incommensurablement plus rationnel que le progressisme. Il fait une place bien plus grande à la réflexion, à la pensée, à l’intelligence. Essayez donc, aujourd’hui, de trouver des individus capable de construire un édifice aussi raffiné qu’une cathédrale, et de le faire tenir mille ans… et, surtout, de lui insuffler une âme… Essayez donc, aujourd’hui, de trouver un esprit capable de composer un tableau digne de Rubens… ou une messe digne de Mozart… Essayez donc de trouver un artiste dont les œuvres seront encore admirées dans trois, quatre, dix siècles…

La vérité est que si le catholicisme avait été aussi obscurantiste que le progressisme, il aurait construit des éoliennes jetables et des iPhone à obsolescence programmée, pas des cathédrales millénaires. Si le catholicisme avait été aussi médiocre que le progressisme, il aurait produit et mis à son service des technocrates illettrés, des experts nullissimes, des secrétaires d’Etat insipides et des ministres stériles ; pas des individus nommés Mozart, Rubens, Raphaël, Michel-Ange, Léonard de Vinci, Le Titien, Le Tintoret, Brunelleschi, Ghiberti, Fra Angelico, Lippi, Botticelli, Le Pérugin, Le Corrège, Le Bernin, von Erlach, et encore bien d’autres génies… Si le catholicisme avait été aussi recroquevillé, aussi peu porté vers les sommets que le progressisme, il aurait engendré Juncker et Macron ; pas Jules II et Raphaël. Si le catholicisme avait autant méprisé l’homme que le progressisme, s’il l’avait voulu aussi rabougri et aussi vulgaire, il lui aurait offert des hochets narcissiques du type Facebook et Instagram ; pas les plus grands chefs-d’œuvre de la musique, de la peinture et de l’architecture. Si le catholicisme avait voué à l’humanité autant de haine que le progressisme, il aurait ravagé sa planète à grands coups d’éoliennes hideuses, de tours aseptisées, de centres commerciaux infâmes et de villes durables qui tombent en ruines en un temps record ; il ne l’aurait pas délicatement embellie de chapelles, d’églises, de cathédrales, de tableaux somptueux et de villes enchanteresses.

On juge l’arbre à ses fruits. On juge une civilisation à ce qu’elle produit. Rend-elle l’homme plus humain, ou plus barbare ? Le rend-elle, pour reprendre les mots de Baudelaire, plus grand et plus noble, ou plus petit, plus mesquin ? Fait-elle de l’homme un individu délicat, élevé, vertical, ou une créature de troupeau vautrée dans la médiocrité, la bêtise et l’autosatisfaction ? Incite-t-elle l’homme à multiplier les témoignages de sa dignité, ou ceux de sa bassesse ?
Oui, tout bien considéré, quel est son bilan ? Splendeurs ou horreurs ? Fait-elle du monde en endroit plus habitable, ou plus atroce ? Plus respirable, ou plus asphyxiant ? Y ajoute-t-elle de la beauté, ou de la laideur ? Au-delà de ses déclarations d’intention, à quel type de vie — ou d’existence… — invite-t-elle l’humanité ? Quel accomplissement lui propose-t-elle ? Abolit-elle l’âme humaine, ou l’amplifie-t-elle ?

C’est en répondant à ces questions que l’on peut discerner les principes fondamentaux d’une civilisation. Distinguer l’idée qu’elle se fait de l’homme… Découvrir si ce qui l’irrigue est essentiellement l’amour, ou la haine de l’homme… Et, partant, identifier à quel dieu elle a prêté allégeance…

Avec quelques décennies de recul, il est évident que la civilisation dite « moderne » suintait la haine de l’homme et de la Création. Et débordait de son corollaire : le mensonge. Elle glorifiait la raison, mais proscrivait l’esprit critique. Elle vénérait la logique, mais détruisait les capacités de raisonnement. Elle encensait le savoir, mais n’engendrait que des incultes. Elle célébrait l’individu, mais transformait l’humanité en un troupeau indifférencié. Elle exaltait la liberté, mais faisait de l’homme un esclave. Esclave de son crétinisme, de son ignorance, et surtout de son égocentrisme inouï.
Quant à son héritage esthétique, il n’en restait heureusement pas grand chose. Comme il arrive souvent aux œuvres des esprits médiocres et étriqués, la plupart de ses productions architecturales avaient disparu. Dans celles qui restaient, la sécheresse, la stérilité, l’atonie de l’humanité d’alors se faisaient nettement sentir. Il était clair que cette humanité n’était animée d’aucune transcendance, et donc d’aucune aspiration à s’élever ni à créer de la beauté. Cette atrophie du sens du Beau, qui tournait souvent au culte de la laideur, était particulièrement perceptible dans les traces laissées par le fanatisme écologiste. Ce fanatisme écologiste qui, au début du XXIème siècle, avait déchaîné une violence sans précédent contre la nature… Devant l’évidence du désastre, même les plus enragés avaient fini par abandonner l’utopie écologiste. Mais si le martyre de la nature était fini, ses stigmates persistaient : quand on sortait des villes pour parcourir ce qui, jusqu’au XXème siècle, s’appelait « nature », l’œil était sans cesse perturbé par la présence d’objets disgracieux. Parfois épars, souvent pullulants. Tout au long de la route, les scènes de désolation se succédaient : ici, dépassant des herbes folles, des mâts d’éoliennes droits comme des « i » ; là des mâts couchés, enchevêtrés par centaines, comme si une immense bataille d’éoliennes avait fait rage… Là encore, des fragments de pales émergeant de la boue. Et puis plus loin, jusqu’à l’horizon, d’immenses marées noires de panneaux solaires. Des panneaux solaires abandonnés, inutiles, absurdes, mais que personne n’avait eu le courage de retirer. Des panneaux crevés, empoussiérés, hideux, à perte de vue. Comme un gigantesque épandage de sacs poubelles. Les hommes du XXIème siècle avaient transformé la Terre en décharge. Au nom de l’écologie. Au nom de l’écologie, ils avaient violenté la nature comme aucune civilisation avant eux. Ils l’avaient outragée, violée, saccagée, irrémédiablement défigurée. Tout en prétendant n’avoir à cœur que de l’aimer, la défendre, la préserver.
Dans cette civilisation, la destruction parlait le langage de la protection. La haine parlait le langage de l’amour. Et les créateurs d’enfer promettaient le paradis.
Comment Baudelaire nommait-il le diable, au fait ? Ah oui : le prince des contrefaçons.

Paris, 27 février 2316.