mardi 11 avril 2017

Les soldats japonais


« Marine Le Pen ? A peu près la même politique qu’Adolf Hitler. »
Guy Bedos

« Pourquoi voulez-vous que le peuple français soit le seul qui ait envie
d’avoir une fasciste à sa tête ? »
Jean-Luc Mélenchon
 


Plusieurs années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, des soldats japonais furent retrouvés sur des îles du Pacifique. Ils se tenaient sur le qui-vive, prêts à riposter à une attaque qui tardait à venir ; on avait oublié de les prévenir que la guerre était finie... Pour certains, il fallut développer des trésors de persuasion pour qu’ils acceptent de lâcher leurs armes, et de rentrer à la maison.

Nos résistants anti F-haine sont comme ces soldats japonais. En plus retardataires. Oh, très légèrement : cela fait juste 72 ans que la guerre est finie. Mais nos fiers résistants, qui n’ont décidément jamais un combat de retard, ne l’ont pas encore remarqué.
Pire : leur esprit semble définitivement bloqué avant la Seconde Guerre mondiale. Il faut les voir, en effet, rouler des yeux catastrophés en glapissant que nous sommes dans les années 30, que l’hydre fasciste nous menace, que le nationalisme est en train de nous conduire à la guerre, que nous vivons les heures les plus sombres de notre histoire, que d’ailleurs le Front national a un programme national et socialiste, ça ne vous rappelle rien ?, et autres analyses de haut vol.
Ces braves résistants 2.0 font penser à ces personnages archétypaux de films américains, ces vétérans de la guerre du Vietnam qui, plusieurs années après leur retour sur le sol national, étaient encore victimes d’hallucinations et, en plein cœur de New-York, continuaient de s’imaginer dans la jungle vietnamienne, craignant à chaque instant d’essuyer une attaque ou de tomber dans une embuscade.
S’ils avaient l’excuse d’avoir vécu de telles épreuves, nos résistants en carton mériteraient notre compassion. S’il résultait d’un véritable traumatisme, leur gâtisme antifasciste pourrait nous attendrir. Mais en l’occurrence, il ne parvient qu’à nous étonner. Et, admettons-le, à nous amuser.

Il y a en effet quelque chose d’étonnant à entendre des gens qui se gargarisent d’être toujours à la pointe de la modernité, des progressistes forcenés qui ne cessent d’exalter l’ouverture au changement et la souplesse d’esprit, radoter depuis trente ans le même catéchisme antifasciste. Il y a quelque chose d’amusant à voir ces bataillons de modernistes ébouriffés, ces dévots fanatiques du changement dont le mot d’ordre ultime est « Il faut vivre avec son temps », ressasser inlassablement leur prêt-à-penser éculé sur le F-haine et ses salauds d’électeurs. Tous ces prétendus « branchés » apparaissent étonnamment passéistes. Tous ces avant-gardistes autoproclamés se révèlent être des nostalgiques indécrottables. Ils se croient modernes ; ils sont le comble du ringard.

Non qu’il y ait quelque chose de mal à être passéiste, nostalgique ou ringard, bien sûr. Mais à la longue, ces simagrées antifascistes commencent quand même à devenir gênantes pour ceux qui s’y adonnent. On a envie de leur dire, à tous ces moutons héroïques, que leur ridicule est de plus en plus flagrant ; que cela fait maintenant dix ans que le coton-tige Lionel Jospin — qu’on peut difficilement suspecter de sympathies frontistes — a déclaré : « Avec le Front national, nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste […] Tout antifascisme n’était que du théâtre. ». Dix ans, donc, que le rideau est définitivement tombé sur le théâtre antifasciste. Mais nos résistants tweeteurs et autres mouches du coche n’en démordent pas : le fascisme ne passera pas !

Toute cette comédie, donc, pourrait prêter à sourire. Voir ces perroquets s’agiter pour combattre une menace fasciste aussi inexistante qu’eux-mêmes, et en tirer une jouissance narcissique aussi intense qu’injustifiée, voilà qui devrait constituer une source intarissable de comique.
Mais en l'occurrence, l’élan du rire est brisé par la gravité de la situation. Car pendant que nos résistants s’admirent le nombril, ils ne voient pas les véritables dangers qui se profilent. L’énergie qu’ils dépensent en simulacres de résistance, est perdue pour les vrais combats. Pendant qu’ils se donnent bonne conscience en pourfendant une menace imaginaire, ils laissent prospérer une autre menace, bien réelle, elle…
De cette menace, nos Jean Moulin 2017 ne disent jamais rien. Et quand elle se manifeste, nous livrant un avant-goût des décennies de cauchemar qui nous attendent, leur seule réaction est de nous exhorter à la paix. « Paix », écrivent-ils sur les panneaux et les murs de nos villes, quand surviennent les abominations de Nice ou du Bataclan. « Paix » : voilà la seule réponse de nos héroïques résistants à ces attaques ignobles. Devant une telle détermination, les islamistes doivent être terrifiés... sentir qu'ils rencontreront de solides obstacles à leur joli projet pour notre civilisation…

Nos résistants pacifistes ne semblent pas s’être avisés que quand elle n’est voulue que par une des parties, la « paix » n’est qu’un mot poli pour « soumission ». Tiens, ça tombe bien, « soumission », c’est l’un des sens du mot « islam ». L’autre sens étant « paix ». Le sens global étant : « la paix dans la soumission »…
Voilà, en vérité, à quoi nous exhortent nos intrépides résistants : la soumission, pour avoir la paix. Ce faisant, ils ne font qu’emprunter la voie suivie il y a 77 ans par les collabos : cette voie qui, partant du pacifisme, mène au défaitisme, puis à la trahison… A la collaboration… Si l’on tient vraiment à tisser une analogie entre notre époque et les heures les plus sombres de notre histoire, elle est là, et là seulement.

Que nos néo-résistants profitent donc du prestige social et des brevets de vertu que leur confère leur rébellion dans le sens du vent : cela ne durera pas. Car l’Histoire, cette « redresseuse de torts », finira par tomber le masque de ces Tartuffe. Ce sera un immense éclaircissement. La fin des bavardages. La fin des impostures.
Et tout le monde, alors, comprendra très nettement qui étaient les collabos.

2 commentaires:

  1. Très juste analyse, merci beaucoup, mais espérons qu'il ne sera pas trop tard, espérance de plus en plus ténue et bientôt théologale seulement !

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