mardi 18 avril 2017

Les vrais racistes


 « A quelques uns l’arrogance tient lieu de grandeur, l’inhumanité de fermeté, et la fourberie d’esprit. »
La Bruyère




« Les électeurs de Marine Le Pen sont des demeurés » ; « Les électeurs de Marine Le Pen ont un QI de bigorneau » ; « Les électeurs de Marine Le Pen sont débiles » ; « Les électeurs de Marine Le Pen sont racistes » ; « Les électeurs de Marine Le Pen sont des salopards ».

Moi qui croyais qu’il ne fallait pas stigmatiser. Ni faire d’amalgame.
Moi qui croyais qu’il fallait tordre le cou aux préjugés. En finir avec les clichés d’un autre âge.
Moi qui croyais qu’il fallait être tolérant. Fraternel. Ouvert à la diversité.

J’ai dû mal entendre. Ou mal comprendre. Il faut dire que je suis un de ces 15 à 20 millions de semi-débiles qui envisagent de voter pour Marine Le Pen. Je suis donc trop sommaire pour saisir les subtilités de la fraternité sélective que nos chantres de la Tolérance mettent en œuvre au quotidien, sans même s’en apercevoir. Oui, j’ai beau retourner le concept dans tous les sens, mon cervelet d’abruti ne parvient pas à résoudre cette contradiction : la tolérance à géométrie variable de nos humanistes officiels me semble antinomique. L’exacte antithèse de la tolérance, même. Je suis décidément un être bien basique.

Malgré tout, quand ils sont en forme, mes maigres neurones de raciste obtus et illettré m’autorisent à produire quelques embryons de pensée. J’essaie, alors, d’imaginer le scandale que susciteraient les amabilités déployées contre les électeurs de Marine Le Pen, transposées à d’autres catégories de population. Je sais pas, moi, les hindouistes… Ou les Bretons… Ou, pourquoi pas, les homosexuels. Ou les musulmans, tiens.

Oui, j’essaie de me figurer les réactions médiatiques et politiques si on remplaçait « électeurs de Marine Le Pen » par « homosexuels » ou « musulmans » dans des phrases comme : « Les électeurs de Marine Le Pen ont un QI très en dessous de la moyenne » ; « Les gens peu intelligents sont les plus enclins à devenir électeurs de Marine Le Pen » ; « Les électeurs de Marine Le Pen, c’est la France rabougrie, la France du repli sur soi, la France de la haine » ; « Les électeurs de Marine Le Pen sont recroquevillés sur eux-mêmes » ; « Les électeurs de Marine Le Pen sont nauséabonds » ; « Les électeurs de Marine Le Pen sont des fascistes qui s’ignorent ou s’assument » ; « Les électeurs de Marine Le Pen ne comprennent rien au monde dans lequel nous vivons » ; « Les électeurs de Marine Le Pen adorent qu’on flatte leurs bas instincts ».
Je me dis, déjà, qu’il y aurait peu de chances que des paroles aussi odieuses, aussi attentatoires à la dignité des musulmans (ou des homosexuels, ou des Bretons, ou des hindouistes) parviennent à l’opinion ; la censure s’abattrait à juste titre sur de telles horreurs. Et puis, si des propos aussi ignobles étaient publiés, une nuée d’associations vengeresses fondrait sans attendre sur leurs auteurs, et trouverait dans la justice des relais dociles et impitoyables pour les châtier. Poursuites judiciaires, condamnations exemplaires, lynchage médiatique, mort sociale, etc.

Dans un effort suprême, mes deux neurones de beauf analphabète accouchent alors d’une question : pourquoi une telle indulgence envers les propos qui salissent les électeurs de Marine Le Pen, et une telle intransigeance envers ceux qui diffament d’autres catégories de personnes ? Pourquoi cette indignation sélective ?
De même pourquoi, quand un sympathisant de Marine Le Pen (sur plusieurs dizaines de millions) tweete un message raciste, s’empresse-t-on d’affirmer qu’il est évidemment révélateur, qu’il traduit sans aucun doute possible la pensée des millions de sympathisants de Marine Le Pen, tandis que des appels au meurtre formulés par certains musulmans ou certains rappeurs contre les kouffars, les sales céfrans et autres faces de craie sont occultés et, les rares fois où les médias en parlent, minimisés, et finalement excusés par les deux commandements de la religion progressiste : « Faut pas généraliser » et « Faut pas faire d’amalgame : ce sont des cas isolés, mais la majorité est irréprochable » ? Pourquoi ce fopagénéraliser et ce padamalgam à géométrie variable ? Pourquoi trouve-t-on les excuses les plus farfelues à un Mehdi Meklat — voire à un djihadiste égorgeur —, et aucune à un électeur de Marine Le Pen ?

Devant ce contraste entre l’extrême sévérité déployée contre les dérapages des uns, et l’extrême complaisance consentie pour l’extrême violence des autres, je me dis que la haine et l’intolérance ne sont pas là où on nous les indique. Ni l’esprit moutonnier. Oui, plus j’observe, plus je me dis que les manipulés ne sont pas ceux qu’on croit.

Plus j’observe, plus je me dis que les vrais suiveurs sont ces perroquets des médias qui, depuis trente ans, récitent bien docilement leur catéchisme médiatique, et en tirent leur petite gratification sociale et narcissique. Ces dociles roquets dressés pour japper « La République est en danger ! » dès qu’ils voient apparaître Marine Le Pen, et obtenir en récompense leur petit susucre moral. Leur tout joli brevet de vertu.

Oui, plus j’observe, plus je me dis que c’est le crâne de ces moulins à propagande qui est rempli de préjugés. Que c’est chez eux que l’esprit critique s’est évaporé. Chez eux que les réflexes ont aboli la réflexion.

Ce sont ces moutons qui ne comprennent plus rien au monde dans lequel nous vivons. Ce sont eux qui sont obtus, fermés, sectaires ; eux qui sont réfractaires au changement ; eux qui refusent d’évoluer, et notamment de reconnaître que leurs caricatures des électeurs de Le Pen ne recouvrent plus aucune réalité.

Chez ces Tartuffe en voie de ringardisation avancée, la réflexion s’est arrêtée il y a trente ans : le consensus les dispensait de penser. Depuis, ils n’ont plus observé la France, encore moins analysé les formidables mutations qui s’y sont produites.

Le cerveau engourdi par leur routine de prêt-à-penser, ils se retrouvent désemparés face au retour en force du réel. Ils sentent enfin, quoiqu’encore confusément, que leurs évangiles médiatiques n’ont jamais rien expliqué ; qu’il ne s’y trouve aucun des outils intellectuels et conceptuels nécessaires pour décrypter le monde. Alors ils s’enferrent dans le déni et le rejet. Ils deviennent violents, insultants, haineux. Méprisants.

Le vrai racisme, il est là.
Le vrai racisme, en 2017, c’est le racisme social de ces grands démocrates qui crachent sur un tiers des électeurs. C’est le mépris de classe de ces grands tolérants qui ne tolèrent que leurs sosies. C’est le sectarisme de ces humanistes mondains qui exaltent la diversité, mais explosent de rage à la moindre divergence d’opinion.
Oui, le vrai racisme, en 2017, il est chez ces champions du padamalgam qui traitent de fascistes tous ceux qui ne « pensent » pas comme eux — c’est-à-dire qui n’ont pas l’esprit formaté comme eux.

Le vrai racisme, en 2017, c’est celui de tous ces compatissants de plateaux-télé qui cultivent une ignorance hautaine et obstinée du calvaire que vivent les Français, pour pouvoir mieux les moquer, les insulter, les humilier. Humiliation d’autant plus répugnante qu’elle s’exerce contre des gens qui sont à terre, et souffrent immensément.

Mais ces considérations n’émeuvent guère nos philanthropes de salon. Elles ne parviennent, au mieux, qu’à leur tirer un rictus de mépris. Ces belles âmes, en effet, n’ont que faire de la détresse des victimes non certifiées conformes : leur seul critère de « compassion », c’est le bénéfice narcissique et social qu’ils peuvent tirer de l’exhibition de leur prétendue compassion.

Dans les semaines qui viennent, ils vont donc déverser leur torrent habituel de crachats sur les électeurs de Marine Le Pen. Ces millions de gens qui aspirent simplement à vivre en paix, et à retrouver un peu de sécurité économique, physique et culturelle, ils vont les traiter de fascistes, de racistes, de nauséabonds, de sous-hommes. C’est leur fonctionnement, depuis toujours : résoudre leur vacuité argumentative par le mépris. Compenser leur absence de réflexion par les sarcasmes. Les intimidations à la place des explications. Les ricanements au lieu des arguments.

Nous allons en entendre beaucoup, de ces ricanements, dans les semaines qui viennent. Nous allons en voir, des bataillons de visages grimaçants, constipés, torturés par les ricanements. Ces ricanements nerveux, derrière lesquels percent la hargne et l’ignorance. Ces ricanements crispés, qui sont le masque de leur haine et de leur impuissance. De leur formidable mépris du peuple.

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